• "LES LYONNAIS" Film d'Olivier Marchal - Gérard Lanvin - article de ALDO CAMPO

     

     

    Mieux vaut tenir sa langue dans le 69 !

    Olivier Marchal rêve à part. Il ne s'est pas trompé de monde en nous racontant celui qui lui colle à la peau. « Gendarmes et voleurs » reste son jeu de prédilection. Cette fois, c'est sur le voleur que sa caméra est en planque. Libre adaptation de la biographie d'Edmond Vidal, virtuose braqueur des années 70. Le rideau s'ouvre sur un Gérard Lanvin préoccupé, anxieux de la barbe blanche, qui accède sur une terrasse face à la mer, se pose pour laisser poindre une pensée d'homme qui croyait avoir déjà vécu le pire. Et puis la narration s'installe. On prend le train en route, on se laisse guider, un peu décontenancé par les soubresauts du convoi.

    Une histoire d'amitié entre truands sur plusieurs dimensions temporelles. Code de conduite strict, la parole sacrée qui tient lieu de serment. On savait se tenir en ce temps-là. Issus du peuple, les voyous respectaient la charte des fondamentaux humains. On fleurissait du mauvais côté du trottoir, mais quand on évoluait dans la foule, les racines bruissaient, on suscitait de la crainte mais on jouissait aussi d'un certain prestige, la conscience tenait le pavé.

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    C'est un film qui ne manque pas de gueules. Elles sont un rien caricaturales, mais c'est voulu. Sinon, y'a du grain, de l'huile, du camphre, le scénar a mijoté jusqu'au petit frisson et la réalisation, touillée à la cuiller de bois. Le rythme est saisissant, monstre asynchrone qui s'emballe jusqu'au chaos général. Image soignée, maltraitée par instant, mais dans l'ensemble, on évolue sous le lustre pampille, l'esthétique du Studio Harcourt. Lumière, pénombre, clair-obscur des tracas de l'âme. Dialogue minimaliste qui cherche à faire mouche. Résultat un peu bluffant.

    Beaucoup de destins se croisent. Défi sur tous les plans. Mais casse-gueule comme pas deux. A-t-il réussi son pari Olivier Marchal ? Si y'a bien une erreur de goût, d'emblée, c'est le générique. Digne des séries B amerloques diffusées sur TF1 le samedi soir pour doper l'adrénaline des téteurs de Red bull. On entre dans l'histoire comme dans un ascenseur programmé pour aller et venir sur les paliers des diverses époques de la vie des héros. Le procédé fonctionne plutôt bien mais la transition est quelque peu pulsionnelle. Autour, c'est pas des enfants de chœurs, la messe est basse, le sabre tiré au clair en permanence. Scènes de violence précises, intenses, bien orchestrées, très réalistes, trop sans doute. Le libre-arbitre du réalisateur n'arrête pas le combat avant le KO, la caméra filme la sale besogne jusqu'au bout du détail. A l'arrivée, l'effort n'est pas récompensé. Le « déjà-su » emporte le zèle de l'ellipse, le « déjà-vu » donne presque envie de détourner le regard.

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    Tout s'articule autour d'une amitié d'enfance, du parcours de deux copains Edmond Vidal (Gérard Lanvin) et Serge Suttel (Tcheky Karyo) qui divergent après l'arrestation du gang des lyonnais. L'équation du temps qui passe sous les verrous. L'inconnu d'une parole qui reste en suspend comme un trousseau de clefs à la serrure d'un point d'honneur. Gérard Lanvin, fermé à double tour, livre une partition sobre et fataliste. Sa présence est irréprochable, mais c'est le manque de vie, d'émotions, de culture viscérale qui provoque cette impression de manque de chaleur. En revanche, Tcheky Karyo ne semble pas avoir trouvé dans ce rôle, la possibilité d'exprimer les nuances de son talent. Lui qui sait si bien manier l’ambiguïté des comportements, on le retrouve ici quelque peu emprunté, au ralenti de sa pulsation, à la limite du hors-jeu. Le commissaire (Patrick Catalifo) semble lui se contenter de compter les points derrière un miroir sans tain. La conviction fait défaut. On n'a peut-être pas assez exigé de lui pour contrecarrer plus solidement la morgue tenace des « tontons gitans. »

    Acteurs et actrices suivent ce faux rythme avec plus ou moins de bonheur. Certaines scènes sont particulièrement réussies. Deux personnages tirent leur épingle du jeu : Dimitri Stroroge (Edmond Vidal jeune) qui porte l'intensité de son rôle avec un naturel sensible et détonnant, et Olivier Rabourdin (Charles Bastiani) qui en très peu de temps, marque d'une empreinte sûre l'une des plus belles scènes du film.

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    Olivier Marchal n'a pas encore la dramaturgie d'un Sergio Leone, le lyrisme d'un Francis Ford Coppola, la concision d'un Martin Scorsese, la noirceur d'un Jean-Pierre Melville, la folie d'un Emir Kusturica, mais je ne doute pas que ce film lui permette d'enrichir la palette de son talent. Il nous a remis une sorte de devoir, un exercice de style appliqué qui lui tenait à cœur. « Les lyonnais » mérite quand même le détour, ne serait-ce que pour la promesse qui s'y cache.

    En attendant le prochain, avec une volonté qui devrait lui permettre de se libérer des contraintes de l'action, pour approfondir l'influence des contextes et les répercussions inattendues sur le destin des « mecs ». Et ces « mecs », flics ou voyous, il les aime assez pour les sublimer, nous faire oublier leurs erreurs de jeunesse et croire à leur rédemption, quelque soit leur camp. Voilà pourquoi peut-être, tous les espoirs sont permis.

      

    ALDO CAMPO

      

      

    sources - BLOG - http://aldocampo.blogs.sudouest.fr/tag/studio+harcourt

      

      

     

      

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