• JULIEN BOISSELIER

      

      

    Julien Boisselier

      

     Julien Boisselier :

    "Il faut arrêter de dire que la télé française a 20 ans de retard"

     

      

      

    Il est un des rares acteurs français à évoluer avec autant d'aisance à la télévision et au cinéma. A bientôt 40 ans, Julien Boisselier semble être arrivé à l'âge où il peut se permettre de choisir les projets qui lui tiennent à coeur.

    C'est dans le téléfilm Au bonheur des hommes de Vincent Monnet qu'on le retrouve ce soir sur M6.

    N'essayant pas de se défaire de l'étiquette du héros romantique qu'on lui colle, le comédien français revient pour Ozap sur cette nouvelle expérience, un film de potes dans lequel il se montre une nouvelle fois drôle et convainquant. Il en profite également pour nous offrir son regard sur la télévision d'aujourd'hui et son parcours, avec sincérité et humilité. Entretien.

    Ozap : A la lecture du résumé du film, on pourrait penser qu'Au bonheur des hommes s'inscrit dans la lignée du film Le Coeur des hommes. Aviez-vous cette impression au départ ?

      


     

      

    Julien Boisselier : En fait, je ne sais pas, je ne l'ai pas vu... ! Mais oui, certainement. A priori, c'est aussi une histoire de quatre potes dans les mêmes âges. Mais vous savez, tout a déjà plus ou moins été fait au cinéma, donc c'est dur de ne pas toucher à quelque chose qui n'a pas déjà été fait. Après, ça n'est jamais ni la même histoire, ni le même réalisateur.

    Comment résumeriez-vous le film ? Une histoire d'amitié ?
     

    Exactement, c'est une histoire d'amitié ! C'est trois amis qui viennent en aide à un quatrième. Là-dessus se greffent les vies de chacun, les problèmes, les déboires de chaque personnage dans leur vie de couple. On y retrouve également un ton de comédie, ce qui fait qu'on essaye d'en rire plutôt que d'en pleurer.

    « C'est assez jouissif de jouer un lâche ! »



    Comment définiriez-vous votre personnage ?
     

    C'est un lâche !

    Et comment joue-t-on un lâche ?
     

    On prend appui sur sa propre lâcheté ! (rires) C'est assez jouissif à jouer car, finalement, il y a pleins de petits endroits qui me rappellent tous les jours où je me sens lâche, où je ne me trouve pas à la hauteur, où je pourrais faire mieux mais que je n'y arrive pas. Donc là, on vous donne le feu vert et 24 heures sur 24, vous avez le droit d'exprimer tout ça, donc c'est assez jouissif !

    Votre personnage était plutôt rebelle dans sa jeunesse. Aujourd'hui, c'est un mari soumis. Ça vous surprend qu'on fasse appel à vous pour ce rôle ?
    Non, ça ne me surprend pas. C'est vrai que je me sens plus proche de ce personnage là que de celui de Philippe Lefebvre, par exemple. Après, ça ne veut pas dire que je ne me sens pas capable de jouer son rôle et inversement. Mais je comprends que naturellement, un réalisateur pense à moi pour ce genre de choses, parce que je dois dégager un peu ça.

    « Certains réalisateurs ne prennent que les mauvaises prises ! »



    Et vous avez un potentiel comique, qu'on connaissait déjà et que l'on retrouve ici, notamment dans une scène très réussie, qui est en fait un pastiche au célèbre "You talkin' to me " de Robert De Niro dans Taxi Driver. Comment prépare-t-on une scène comme ça ?
    Je ne l'ai pas vraiment préparée. On en a parlé un peu avec le réalisateur avant. Il m'a dit : « Je vais laisser tourner la caméra et je monterai à l'intérieur ».

    Donc c'est assez jouissif. Ce n'est vraiment pas des scènes "très compliquées" à faire, parce qu'on sait qu'on a le temps, qu'on est seul, que le montage va beaucoup vous aider et qu'au final, c'est toujours assez payant. On a tourné pendant cinq minutes et la scène, elle fait quarante secondes. Il a monté à l'intérieur les moments qui lui plaisaient et il a un regard assez juste sur les acteurs.

    C'est vrai que cette scène est très efficace.
     

    Oui, et elles le sont toutes d'ailleurs. Je trouve que Vincent Monnet ne nous a pas trahis. Il y a des réalisateurs qui ne prennent parfois que les mauvaises prises. Parfois, on se dit : « Mais c'est pas possible ! ». Et ça m'est déjà arrivé ! Pour moi, tout ce qui était les "mauvaises prises", il les prenait ! Bon, ça ne voulait pas dire que j'avais raison, mais là, en l'occurrence, avec Vincent, on était d'accord.

    Et justement, dans un film qui comme celui-ci paraît très écrit, est-ce qu'on peut quand même jouer avec le scénario en tant qu'acteur ?
    Oui, bien sûr. Ça dépend aussi des réalisateurs, mais là, avec Vincent, on a quelqu'un qui achète.

    Il n'y a rien de mieux que d'être aimé par un réalisateur. Il était content de nous avoir, il nous l'a dit dès le premier jour : « J'ai le casting que je veux. Je suis très heureux de vous avoir tous, c'est exactement ce que j'imaginais et maintenant, donnez-moi des choses ». Il n'y a pas un moment où il nous a frustré en disant « Non, faut pas faire ça ». Il nous a guidés tout en nous laissant libres et ça se ressent à l'écran.

    Un femme m'a déjà dit : « Je préférerais être ton amie que ta fiancée ! »



    Le thème du téléfilm, c'est l'amitié, et on remarque que pour tous les personnages, l'amitié est le véritable socle de leur vie, la seule chose assez stable. Dans la vraie vie, c'est aussi ça l'amitié ?
     

    Moi, j'avais une femme un jour qui m'avait dit : « Je préférerais être ton amie que ta fiancée ! ». Et je comprends ce qu'elle veut dire dans le sens où l'amitié masculine, telle qu'elle est décrite avec ces amis de longues dates, elle est beaucoup moins fragile que l'amour. Elle repose sur des bases toutes aussi affectives. Mais finalement, on n'est pas obligé de vivre ensemble. On a donc le beurre et l'argent du beurre. Un ami, on le voit quand on a envie de le voir. Donc moi, effectivement, j'ai des amis de longue date et je ne vois pas comment je ne pourrais pas les avoir jusqu'à la fin.

    Après je ne pourrais vous dire si dans vingt ou trente ans, je serai encore avec la femme avec qui je suis en ce moment, et dont je suis pourtant très amoureux. J'ai des certitudes en amitié que je n'ai pas en amour.

    « Je suis dans ce film parce que j'habite le 18ème arrondissement ! »



    On vous a collé l'étiquette du héros romantique au cinéma, on vous a vu à l'affiche de plusieurs comédies. Est-ce aussi peut-être pour cela que le réalisateur a pensé à vous pour ce rôle ?
     

    Je ne sais pas en fait ! On ne sait jamais vraiment pourquoi les réalisateurs vous prennent. C'est très mystérieux. Des fois, ça ne correspond pas du tout à ce que vous imaginez. Parfois, c'est parce qu'ils vous ont vu dans tel ou tel film. Les réalisateurs ont des visions et tout d'un coup, vous rentrez dans cette vision.

    Ils ont un flash. Pour ce téléfilm, le réalisateur m'a vu à la terrasse d'un café la veille dans le 18ème arrondissement de Paris et il m'a appelé en me disant : « Voilà, je t'ai vu hier. Je vais pas te la faire à l'envers en te disant que je pense à toi depuis des mois, je t'ai vu à la terrasse d'un café et je me suis dit : "Tiens, c'est lui mon personnage" ». Donc voilà, je suis dans ce film parce que j'habite le 18ème arrondissement, finalement !

    « On ne peut pas faire des séries à l'américaine, on l'a compris »



    On remarque une nouvelle tendance à la télévision dans les fictions françaises avec l'arrivée de séries comme Braquo, Pigalle la nuit ou Le chasseur. Est-ce qu'à votre avis, c'est aussi à la télévision de proposer ce genre de programme qui balaye un peu les séries traditionnelles ?
    Les fictions sont naturellement balayées par les générations qui avancent. C'est une réalité.

    Après, c'est à nous de prendre le pouvoir, les trentenaires ou quadragénaires. Moi, je n'ai pas grandi avec Navarro. Et je n'ai rien contre Navarro, parce que je trouve que c'est une série qui a fait aussi avancer les choses à sa manière. Ce que je veux dire, c'est qu'aujourd'hui, on a d'autres références et quelles qu'elles soient, les patrons de chaînes ne peuvent pas aller contre la mouvance et contre les jeunes réalisateurs qui arrivent.

    Donc, ce n'est même pas balayer, c'est dans le courant naturel des choses, ça se fait, ça avance, ça se modifie. Il faut arrêter de dire que la télévision française a 20 ans de retard !

    Que veulent regarder les Français à votre avis ?
     

    Les Français n'ont pas envie de regarder les programmes de la même manière que les Américains. On ne peut pas faire des séries à l'américaine, on l'a compris. Pourquoi Braquo ça marche et pourquoi Pigalle la nuit ça marche ? Parce que maintenant, les réalisateurs français ont trouvé leur ton tout en ayant leurs références américaines. On ne fait pas "à la manière de" mais on a le même degré d'exigence qu'outre-Atlantique, c'est tout. Après, je trouve que c'est profondément français - dans le bon sens du terme - et sans être territorialiste, quand je vois Braquo ou Pigalle la nuit, ça parle de la France.

    Donc il ne faut pas rater le wagon en route.
     

    De toute façon, on ne le rate pas le wagon puisque naturellement, ce sont des gens de notre génération. Moi, à 20 piges, je n'étais pas décisionnaire, maintenant à 40 ans, je me rends compte que mes potes, ce sont soit des réalisateurs, soit des producteurs, soit des avocats. Ils ont pris le pouvoir naturellement, donc maintenant, on fait les choses entre nous.

    Ça ne veut pas dire qu'à un moment il ne faut pas qu'on commence à regarder les petits gars de 20 balais qui arrivent avec leurs références à eux et qui sont, pour moi, parfois ovniesques ! Dans ce qui doit soi-disant maintenant s'adresser aux jeunes, je vois des trucs hallucinants...

    « La télévision vous donne des rôles que vous n'avez pas au cinéma »



     

    J'me sens pas belle - Julien Boisselier, Marina Foïs

      

      

    Vous êtes aussi un des rares acteurs qu'on voit aussi bien à la télévision et au cinéma alors qu'en France, on sait que l'on aime bien coller des étiquettes.
     

    Oui, mais ça, c'est pareil. Ça a bougé, vous êtes d'accord avec moi ?

    Oui, c'est vrai, mais vous êtes aussi un peu le symbole de ce changement ?
    Il y en a beaucoup qui le font. Mais Monsieur Depardieu a donné le ton quand lui, l'acteur de cinéma par excellence, a commencé à faire une série pour TF1. Tout le monde a suivi derrière.

    Moi, on me disait : « Tu n'as pas peur que si tu fais trop de téléfilms, le cinéma... ». Si tu fais de bons téléfilms, franchement, il n'y a pas de raisons que tu ne fasses pas de cinéma et inversement. Moi je n'ai jamais ressenti ce gouffre.

    Donc vous ne faites pas de différence entre un film au cinéma ou à la télévision ?


    Ah, non. Moi je trouve qu'Au Bonheur des Hommes vaut beaucoup de films au cinéma.

    Un peu à l'image du téléfilm Des Fleurs pour Algernon qui vous avait valu de très bonnes critiques. Le public est demandeur de ce genre de téléfilm ?
     

    Oui, le public le veut et le reçoit. J'ai eu des témoignages de gens... (marque un temps) Jamais je n'ai eu ça avec aucun film au cinéma. C'était très excitant de faire ça et la télévision vous donne des rôles que vous n'avez pas au cinéma et ce serait dommage de s'en priver sous prétexte que c'est de la télévision.

     

     

    sources / 2010

    http://www.ozap.com/actu/interview-julien-boisselier-bonheur-hommes-m6/324208

     

     

     

     

    « Pierre Richard WILLMJULIEN BOISSELIER »
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