• JEAN SEBERG et ROMAIN GARY

     

      Par Marie-Dominique Lelièvre

      

    Pour ouvrir notre série sur ces couples mythiques qui ont défrayé la chronique, voici l’histoire de l’homme aux mille vies et au double Goncourt, marié à l’icône Nouvelle Vague d’À bout de souffle. Amour, génie, scandale, suicide… L‘écrivain Marie-Dominique Lelièvre (1) mène l’enquête.

     

    Introduction

    (1/4)

    Le 2 décembre 1980, à 16 h 30, Romain Gary s’allongea sur son lit avant de se tirer une balle dans la bouche. Au pied du lit, il laissait une lettre à son éditeur : « Aucun rapport avec Jean Seberg. Les fervents du cœur brisé sont priés de s’adresser ailleurs. » L’arme, un revolver Smith & Wesson de type 38 spécial, Gary l’avait achetée avant de rencontrer Jean Seberg. Quinze mois auparavant, celle-ci avait été trouvée morte à l’arrière de sa voiture, roulée dans une couverture.

     

    Dans sa main, un mot d’adieu non daté adressé à son fils.

     

      Jean... It makes me miss my short hair.

      

    L’enquête n’a jamais établi qu’elle s’était donné la mort, mais quelques semaines auparavant, un homme l’avait retenue alors qu’elle allait se jeter sous une rame de métro. Rien ne prédisposait ces deux outcasts à une rencontre :

    lui, le Juif de Lituanie, né en 1914, veuf d’une mère adorante, et elle, la petite Américaine puritaine du Middle West, née en 1938. Rien, sinon une grande solitude, la mauvaise solitude, celle qui vous écrase au lieu de vous aider à respirer, comme disait Gary.

     

    Ils se rencontrèrent en décembre 1959, à Los Angeles. Elle fut reçue à la table de Gary, consul de France, accompagnée de son jeune époux, un avocat français.

     

     

    JEAN SEBERG et ROMAIN GARY

     

    Dans son visage d’une finesse extrême, deux yeux immenses et sérieux prenaient toute la place, et ces yeux ne quittaient pas Romain.

     

    Ce soir-là, Gary fit une chose étrange : il demanda à l’époux d’ôter ses chaussures afin de les essayer sous prétexte qu’elles étaient à son goût. Il restitua les souliers, garda l’épouse.

      

    « Jean Seberg, on ne pouvait que l’aimer »

     

     

    dit Bob Willoughby, le grand photographe de plateau.

     

     

     

      

    En 1956, une collégienne du Middle West, Jean Seberg, participa à un concours pour devenir star de cinéma ; 18 000 gamines se manifestèrent, rêvant d’être la Jeanne d’Arc du prochain film d’Otto Preminger.

     

    Bob la rencontra au moment de la finale. Touché par l’isolement de la gamine, il l’invita à déjeuner. Elle accepta avec un sourire plein de gratitude.

     

    Lorsque des artichauts surgirent sur la table, elle les regarda sans y toucher, puis avoua qu’elle n’en avait jamais vu. Bouleversé, Bob fut conquis à jamais.

     

     

    « Elle était une petite fille effrayée de 17 ans. » Bob, qui a eu quatre enfants qu’il a élevés loin de Hollywood, sait que

     

    « le cinéma n’est pas un beau monde.

     Il prend tout. » Surtout aux femmes.

     

    Il possède des documents exceptionnels puisqu’il a été le photographe de Sainte Jeanne et de Bonjour tristesse, d’Otto Preminger, odieux avec la jeune actrice inexpérimentée.

    Bob dit n’avoir jamais vu un pareil courage.

     

     

      

      

    La métamorphose

    (2/4)

    Lorsqu’elle rencontre Gary, Jean vient d’achever À bout de souffle, le film de Godard qui va lui apporter la gloire.

     

    D’un extrême puritanisme, elle a refusé de se déshabiller, même sous les draps. Elle a quitté son jeune mari pour vivre avec Gary dans une suite au Lutetia.

     

     

     

      

    L’innocence et la vulnérabilité de la jeune femme émeuvent Gary en même temps qu’elles l’effraient.

      

    Parce qu’il la regarde comme une enfant, il pense pouvoir l’aider. Après quelques semaines de vie commune, Romain confie à un ami que Jean a un appétit sexuel qu’il peine à satisfaire. Le film de Godard, sorti au printemps, fait un carton aux États-Unis. En quelques semaines, Jean devient un modèle dont on imite la coupe de cheveux courte, le jean skinny et le T-shirt « Herald Tribune ».

     

      

    2 juillet 1960 : la télévision française réalise une interview de Jean Seberg. L’étudiante un brin trapue d’À bout de souffle a cédé la place à une belle jeune femme qui capte la lumière. Une journaliste la torture avec des questions cruelles, forçant l’intimité de la jeune femme.

      

      

      

    Sourire très doux de celle qui fait face : une femme de poche, 1,56 m, acculée contre un rocher, mais protégée par une folle douceur, qui esquive les flèches avec une gravité lumineuse. Comme une ampoule d’opaline éclairée de l’intérieur, Seberg irradie.

      

      

      

    La cruauté, elle, n’a pas de visage et s’acharne : « Et vous n’avez pas consulté un psychanalyste ? » Le cou est fragile, le regard un peu fixe, solennel. La grâce de Seberg renvoie son interlocutrice à sa vulgarité voyeuse. Rien n’entame la dignité de la jeune femme adorable. En regardant ces archives, on pense à ce bel adjectif : brave. Jean Seberg est brave. Courageuse. Vaillante. Romain Gary était bon, Jean Seberg était brave. Tous deux étaient rares.

     

      

    En attendant, sept ans de bonheur conservés entre les lignes de S. ou l’Espérance de vie (1), le beau livre écrit par leur fils Diego, né en 1963. Le couple s’installe dans un vaste appartement, au 108, rue du Bac, là où Gary se donnera la mort bien plus tard. Devenue aussi chic qu’une Parisienne, Jean s’habille chez les grands couturiers et roule en Chevrolet Camaro verte ou en Austin Princesse.

      

      

    Gary, lui, conduit une berline Jaguar bleue, avec tableau de bord en bois et sièges de cuir. Sa garde-robe est théâtrale : ponchos boliviens, costumes made to mesure à Savile Row, de lin blanc commandés à Macao, treillis militaires à la Castro, peignoirs, cravates par centaines.

    Une collection d’accoutrements qui habillent un moi volontiers mystificateur. Romain Gary a été élevé par sa mère, qui, bien avant l’adolescence, avait tracé son destin : il serait pilote, diplomate et grand écrivain.

    Il s’efforça de ne pas lui donner tort. Qu’il combatte dans les Forces françaises libres du général de Gaulle ou qu’il devienne un grand écrivain, il y a en lui un enfant cabot qui fait son intéressant : il ne s’est jamais guéri de sa mère.

     

      

      

    Le déclin

    (3/4)

    L’appartement a été rénové par un décorateur en vogue, les lampadaires et les bibliothèques en bronze sont de Diego Giacometti. Cinq personnes sont à leur service, à celui de leur fils, de huit chats et d’un toucan. Jean et Romain dînent à la Maison-Blanche, en tête à tête avec Jackie Kennedy et JFK, qui a vu et a aimé À bout de souffle. Le petit Diego est élevé par la gouvernante Eugénie, qu’il appelle maman. Tous passent plusieurs mois par an à Puerto Andraitx, où Romain Gary a fait construire une maison.

      

    Seberg embellit encore. Elle se cultive à l’École du Louvre. En 1967, Romain Gary tourne le magnifique Les Oiseaux vont mourir au Pérou. L’héroïne, une jeune femme nymphomane et frigide, est interprétée par Jean. D’elle et de ses tourments érotiques, il ne filme que le visage convulsé par la souffrance.

     

    « On la considérait comme une nymphomane, elle faisait don de sa personne, de sa beauté, de son corps après avoir déjà donné tout le reste, elle partageait pour ainsi dire démocratiquement », écrit son fils. Entre les exigences d’une âme puritaine et ses pulsions, Seberg est déchirée.

      

      

      

    Le temps se gâte. Naïve et idéaliste comme beaucoup d’acteurs radicaux chic de l’époque (Jane Fonda, Candice Bergen), Jean Seberg lutte pour les droits civiques, contre le racisme, l’OAS et les généraux fascistes.

     

     

    Elle porte un sweat-shirt « Che Guevara ».

     

    Lorsqu’elle décide d’aider activement les Black Panthers, elle fait les mauvaises rencontres et tombe amoureuse d’un activiste psychotique qui a commis un meurtre. En 1968, Romain Gary, imitant Pouchkine, son écrivain préféré, provoque en duel Clint Eastwood, avec lequel Jean a une idylle sur le tournage d’un western.

      

      

    Volontiers théâtral, Romain surjoue son personnage. Diego, venu rejoindre sa mère pour les vacances, se souvient que son père donne une conférence de presse sur le tournage pour annoncer qu’il divorce. Gary rentre en France avec Jean, mais l’appartement de la rue du Bac est coupé en deux. Dans une aile, Romain travaille et vit. Jean partage l’autre avec son fils et la gouvernante, même après leur divorce aux torts réciproques en 1970.

      

     

    La calomnie

    (4/4)

    Dans un aérogramme du FBI, daté du 5 juin 1970, à l’en-tête explicite – Directeur du FBI, Programme de contre-espionnage, Groupe de Haine des nationalistes noirs, Service des renseignements raciaux, Black Panthers Party –, on peut lire : « La permission du bureau est sollicitée pour la publication du fait que Jean Seberg, actrice de cinéma bien connue, est enceinte de –––. Ceci serait effectué en fournissant la nouvelle aux journalistes des potins mondains de la région de Los Angeles. Il nous semble qu’une éventuelle publication des difficultés de Mlle Seberg pourrait lui causer un certain embarras et servir à diminuer son image vis-à-vis du public… »

     

      

      

    Par une écoute téléphonique, le FBI a appris que Jean, enceinte, désire mener sa grossesse à terme. Non pas d’un militant noir des Blacks Panthers, comme l’affirmera le Los Angeles Times informé par le FBI, mais d’un amant mexicain de passage. Romain propose de reconnaître l’enfant. À ses yeux, mère et enfant sont sacrés, et les hommes leur doivent aide et protection. Après une tentative de suicide, Jean accouche d’une petite fille mort-née.

     

     

    Romain Gary publie dans France-Soir une lettre de gentleman :
     

    « Depuis l’âge de 14 ans, cette fille du Middle West soutient le droit des Noirs dans son pays. Alors, il fallait à tout prix expliquer son horreur du racisme par des penchants sexuels.

      

    Il fallait à tout prix prouver qu’une femme blanche qui croit encore au rêve américain de justice et de fraternité, le rêve de Jefferson et de Lincoln, ne s’intéresse en réalité aux Noirs que parce que ceux-ci sont devenus chez les dingues racistes des symboles très attirants du fruit défendu. »

     

      

    Avant d’ensevelir son bébé à Marshalltown, Jean l’exhibe dans un cercueil de verre pour montrer qu’il est blanc. Son équilibre psychique se lézarde. Elle dialogue avec le réfrigérateur.

     

     

      

    LES SUICIDES

    « Romain mon amour, (...) Quand tu as réalisé le film, avec si peu d’aide de qui que ce soit autour de toi, c’était en partie dans le but de sauver ma vie. Au sens propre du terme. Personne – et surtout moi – ne pensait que je serais même capable de travailler à nouveau, que je serais à même de trouver les ressources psychiques et la force physique. Et tu savais que c’était une question de survie pour moi de trouver la discipline et la force de travailler à nouveau. » Elle écrit cette lettre après la sortie du film Kill, éreinté par la critique. Pour retenir Jean de glisser dans la folie, Gary a tenté de lui donner une raison de se lever, de s’habiller, de se nourrir.

     

      

    Le film, un pur navet, est un flop. Gary assiste financièrement la jeune femme, même après son remariage en 1973. Il noue des liaisons multiples avec de très jeunes femmes : il n’aime que les femmes-enfants. Mais il reste attentif à Jean. Lorsqu’elle se sépare de son troisième mari, Gary passe chaque Noël boire avec elle une coupe de champagne.

     

    Après la découverte du corps de Jean Seberg, Romain Gary convoque une conférence de presse chez Gallimard et dénonce la responsabilité du FBI dans la dépression qui l’a conduite à se supprimer.

     

      

      

    Il souligne que, par sept fois, elle a tenté de se donner la mort, le plus souvent à la date anniversaire de la disparition de sa petite fille.

      

    Un agent du FBI confirmera :

     

    « Oui, nous l’avons diffamée pour la neutraliser. »

     

    Avant de se donner la mort, Romain se déshabilla entièrement, ne conservant qu’un caleçon et une chemise bleue. Nu dans la mort, lui qui toute sa vie s’était grimé. « Enfin authentique. »

     

      

    Fils de l’écrivain Romain Gary et de l’actrice Jean Seberg, disparus dans des conditions tragiques, Diego Gary s’exprime dans un livre, à 46 ans, après un silence de trente ans

    Il parle avec précision, ses mots sont choisis, mais il offre un air las. Diego Gary confirme les formules terribles de son roman, S. ou l’Espérance de vie (Gallimard), ou, plus exactement, de son récit autobiographique.

     

    Fils de l’écrivain Romain Gary et de l’actrice Jean Seberg, disparus dans des conditions tragiques, il raconte son existence qui «ressemble à une succession de mots rayés jusqu’au sang». Il évoque, sans fin, son rang de «progéniture, de rien du tout», et ces années où il a passé de longues heures prostré dans l’appartement et le bureau de son père.

     

     

    Adolescent, Diego Gary a connu trois deuils dévastateurs. Il a 14 ans quand survient la mort, des suites d’un cancer, d’Eugénie, sa gouvernante, la femme qui s’occupait de lui au quotidien. Il lui dédie le livre. Il a 16 ans lorsque le submerge, en septembre 1979, le décès de sa mère, Jean Seberg, devenue une figure de la Nouvelle Vague après son interprétation dans A bout de souffle, de Jean-Luc Godard (1960). Elle est retrouvée plusieurs jours après sa disparition, à l’arrière de sa voiture. L’autopsie conclura à une surdose d’alcool et de barbituriques.

     

      

      

    Diego vit l’horreur, mais il y était préparé. Depuis de nombreuses années, sa mère souffrait de troubles qui l’avaient conduite dans des établissements psychiatriques. Diego vivait dans la terreur de cet instant. Peu de temps avant le drame, alors que Jean Seberg avait survécu à une tentative de suicide, son père lui avait dit: «Tu sais, Diego, un jour ta mère ne se ratera pas.»

     

      

    Après les décès d’Eugénie et de Jean Seberg, Romain Gary s’est rapproché de son fils. Il le couvait à sa manière. Myriam Anissimov, qui a publié en 2004 une biographie de l’écrivain (Romain Gary, le caméléon), raconte qu’il tremblait d’inquiétude pour lui. «Un jour, alors que Diego, âgé de 13 ans, avait un simple bleu à un genou, il a tout laissé tomber pour le conduire aux urgences.»

    Mais Romain Gary restait dans son univers, celui d’un écrivain reconnu, ombrageux et embarqué dans une mystification littéraire sans égale: la création d’une autre œuvre sous le nom d’Emile Ajar. Cela lui vaudra de recevoir deux fois – ce qui est unique – le Prix Goncourt. Il l’a obtenu en 1956 sous son nom avec Les Racines du ciel, et en 1975, avec La Vie devant soi, sous le nom d’Emile Ajar

      

    Jean Seberg

      

    «Même quand il était présent, mon père n’était pas là. Obsédé par son travail, il me saluait, mais il était ailleurs», se souvient Diego Gary. Diego était en retrait, il n’était plus l’enfant joyeux qu’il avait été. Mais s’il est une chose à laquelle il ne s’attendait pas, c’est le suicide de son père, d’une balle dans la tête, chez lui, en décembre 1980. «A cet instant, la vie m’est tombée sur la gueule.» Il évoque comment, après coup, il a retrouvé des éléments qui auraient dû l’alerter, comment son père le préparait à être un homme sans pour autant comprendre ce qu’il voulait.

     

      

      

    Il se souvient de lui, par exemple, annotant un livre de Julia Kristeva sur la mélancolie: «Oui, moi, c’est exactement cela, comme pour moi», écrivait-il. Il y avait d’autres éléments témoignant de la grande fragilité de son père, longuement décrite entre autres par Myriam Anissimov dans sa biographie.

     

    «Je crois qu’il est indulgent avec sa mère, pas avec son père», estime Antoine Benech, un ami d’enfance. Pour lui, Diego Gary «n’a jamais compris et ne comprendra jamais» que son père ait pensé qu’il pourrait «se débrouiller». Diego quitte alors sa classe d’hypokhâgne. Il reste anéanti par cette ultime disparition. Il lui faudra cinq années pour ne plus habiter dans l’immense appartement de son père, reprendre des études de lettres et une vie normale.

    Ensuite, il se perd, comme il le raconte. Entre la recherche compulsive de femmes, les amours malheureuses, l’alcool, les antidépresseurs, il essaie de tenir le coup et combat les troubles obsessionnels qui ruinent sa vie au quotidien. Après avoir travaillé dans une société de production de sitcoms, il joue aux courses, se spécialise au point de parvenir, assure-t-il, à en vivre. Mais, perdu dans ses chagrins, il part s’installer à Barcelone.

     

    Fashion Jean Seberg

     

     

    Là, il se met plus encore en danger. Aube, l’une des héroïnes du livre, lui dit qu’il s’est détruit, qu’il rejoue la vie de sa mère. «Je n’ai pas l’impression d’être allé aussi loin», dit-il. Il reconnaît que sa dérive a été une manière de se rapprocher de sa mère. Ses errances dans les bouges de Barcelone et le bar à cocktails qu’il y a ouvert, c’est clairement elle. Le café-librairie-galerie qu’il a lancé, en revanche, renvoie plus à son père.

    «Je sais que Diego revient de loin, je ne connaissais pas les détails, assure Myriam Anissimov. C’est un très beau livre, d’une grande valeur littéraire. Tout ce qu’il dit n’est pas une recension exacte de ce qui s’est passé, comme pour tout écrivain. Mais c’est sa vérité.» Même ses proches amis, comme Isabelle Sicot, qui le connaît depuis vingt ans, ont été surpris par le désespoir qui émane de son texte. «Diego est quelqu’un de très pudique, de très réservé.» Elle ne lui a jamais posé de questions, lui laissant l’initiative des confidences, même si c’est elle qui, dans une scène du livre, l’accompagne à la clinique où il commence un sevrage d’alcool. «En lisant le livre, j’ai été tétanisée, j’ai pris la mesure de toute sa douleur. J’ai été triste et j’ai eu un sentiment de culpabilité.»

     

     

    Aujourd’hui, Diego Gary assure ne plus avoir peur de rien, «pas même d’écrire», parce que l’écriture a toujours été essentielle pour lui, même s’il ne publiait rien. Il n’aurait pas cherché à éditer ce livre si Roger Grenier, conseiller littéraire chez Gallimard, ne lui avait pas donné son imprimatur. «Il a créé quelque chose, le vrai sujet, c’est tout simplement comment exister par soi-même, et il y parvient», explique le journaliste et écrivain, qui était un proche de ­Romain Gary.

     

     

      

      

    Depuis la publication de son ­livre, Diego Gary a reçu de nombreux témoignages de félicitations et d’encouragements. «Moi, je me dis que je n’aurai réussi que le jour où j’écrirai un véritable livre de fiction.» Il s’est marié en janvier avec une jeune femme, rencontrée il y a quelques années à Barcelone, et attend la naissance d’une petite fille pour le mois d’août. Un vrai changement: il y a encore peu, il se promettait de ne jamais avoir d’enfant parce ce qu’il voulait conserver la possibilité de se suicider. «Là, je vis une révolution copernicienne. Je suis beaucoup mieux dans ma vie.» Il faut imaginer Diego Gary heureux.

     

      

    sources

    http://www.letemps.ch/Page/Uuid/661a2064-5791-11de-8617-d7d69efee15f%7C2

     

    L’enfant unique de Romain Gary et de Jean Seberg a écrit le roman de sa vie. Une histoire de tragédie et d’espoir, qui a ému Yves Simon.

    Le philosophe Gilles Deleuze écrivit un jour : « Il y a des vies où les difficultés touchent au prodige ». Une phrase qui va comme un gant à ce que fut l’étrange et douloureuse existence de Diego Gary. Sa mère, l’actrice Jean Seberg, se donne la mort lorsqu’il a 16 ans. Comme une clandestine ­assassinée, on la retrouve dans le coffre d’une voiture, l’autopsie révélera une surdose d’alcool et de barbituriques. L’année suivante, c’est le tour de l’écrivain Romain Gary, son père, qui, armé d’un revolver, prend définitivement congé de ses écritures et de son fils. Fin d’adolescence d’une brutalité sans pareille et qui marquera à jamais le jeune homme qui se retrouve orphelin de ce qu’il a de plus cher.

    « S. ou l’espérance de vie » est une variation sur les deuils qui nous accablent au cours d’une vie, ceux des parents, des amis, des fiancées, la gouvernante bien-aimée, Eugénie, les absences qui surviennent quand ceux qui vous réchauffaient le cœur deviennent brusquement muets.

      

    Un livre au titre sibyllin où « S » peut se deviner comme la première lettre de suicide, de solitude, ou encore : S comme silence.« Ce n’est pas une vie, c’est une rature. Mon existence ressemble à une succession de mots rayés, biffés jusqu’à la moelle. » Dès la première page, le ton est donné, Diego ne se sent pas à la hauteur de l’ombre que déploie son commandeur de père. Car il faut en abattre des murs, des préventions, des ricanements à qui prétend s’exprimer dans le domaine justement où le célèbre père excella. Diego va attendre trente ans pour que l’impossible se soit dissipé et oser faire ses noces d’écriture avec l’« azertyuiop » de son clavier.

     

      

    Avec désinvolture, il nous parle des noirceurs qui l'ont accablé

    Et le miracle a lieu. Diego Gary se révèle être un écrivain, et des plus grands. Innovant dans le style comme dans la narration, sa grâce instinctive nous livre un roman tragique où le héros se dédouble, tant il craint de parler de lui à la première personne. Durant 170 pages, il louvoie, se cache, puis réapparaît. Mais chaque lecteur sait que c’est de Diego seul dont il s’agit, lui, le fils ressuscité qui peut enfin parler des noirceurs qui l’ont accablé et qu’il ­dévoile avec la désinvolture de ceux qui ne prétendent à rien.Il y eut le père éblouissant, mais la mère fut, elle aussi, une encombrante légende.

      

    Héroïne du premier film de Godard, « A bout de souffle », égérie de la nouvelle vague avec son tee-shirt blanc, ses cheveux blonds à la garçonne, vendant le « New York Herald Tribune » sur les Champs-­Elysées, elle fit battre le cœur au monde entier. Fin tragique à la ­dernière bobine : penchée auprès d’un Belmondo agonisant sur le pavé de Paris, Jean Seberg demande, avec ce tendre accent qui nous la fit tant aimer : «

      

    C’est quoi, dégueulasse ? »Est-il dégueulasse de parler du passé, de ces morts de sunlight ? se demande Diego Gary.

      

      

    L’idéal aurait-il été de se taire, d’avoir le courage de garder, au tréfonds de ses tripes, ce qui si longtemps a fait mal ? « Peut-être faudrait-il écrire pour ne rien dire. Se camoufler, dès les premières lueurs de l’aube, derrière une forêt de signes qui parlent d’autre chose. » Disons, pour lui répondre, qu’il a eu mille fois raison de nous faire entrer dans les secrets de son âme, ses mystères, la douleur d’un fils sans épopée, qui ne fut ni star de cinéma ni couronné par deux Goncourt : un fils ordinaire asphyxié, tant par la vie que par la mort de personnages qu’il détestait autant qu’il les admirait, des parents hors du commun qui tutoyaient les étoiles.

     

     

      

    A la fois sacrilège et offrande, ce livre lancinant nous rappelle ce que l’on doit aux morts, mais aussi ce qu’ils nous ont volé. Partage inéquitable entre eux et nous qui vivons nimbés de leur souvenir, de leurs défauts, l’intransigeance qu’ils purent avoir, eux qui avaient tout, envers ceux qui n’étaient rien. « Même quand il était présent, mon père n’était pas là. Obsédé par son travail, il me saluait, mais il était ailleurs. » Ecrit par un ­rescapé qui aurait pu mourir de tant de blessures, condamné à ne jamais exister pour lui-même, ce roman d’un miracle est une radicale et ­enthousiasmante leçon de vie.

    « S. ou l’espérance de vie », d’Alexandre Diego Gary, éd. Gallimard,

     

     

     

     

     

     

    Jean Dorothy Seberg fut retrouvée morte sur la banquette arrière de sa Renault avec à côté d’elle un dernier message. Sur une feuille de papier posée près d’un flacon vide de barbituriques on pouvait lire : « Pardonnez-moi je ne peux plus vivre avec mes nerfs.” L’actrice américaine qui était devenue militante en faveur des droits civiques est décédée à l’âge de 40 ans le 30 aout 1979, sa mort fut officiellement déclarée comme un suicide. Elle laissait derrière elle son fils unique, une carrière en perte de vitesse due aux campagnes de diffamation contre elle, et un mariage violent. Comment cette actrice, qui fut à une époque une véritable icône, est-elle devenue cette femme torturée et meurtrie ?

     

    Seberg est née le 23 novembre 1938 à Marshalltown, Iowa, États-Unis. Sa carrière débuta timidement lorsqu’elle fut choisie lors d’un casting pour jouer le rôle titre dans un long métrage du réalisateur Otto Preminger. Elle joua le premier rôle dans le film “Sainte Jeanne” mais les critiques furent mauvaises. Preminger lui offrit une seconde chance de faire ses preuves dans son film suivant, “Bonjour Tristesse” qui fut tourné en France. C’est lors du tournage de ce film que Seberg rencontra son premier mari, François Moreuil. Elle décida par la suite de poursuivre sa carrière en France où elle passera le reste de sa vie.

    Scene From 'Breathless'

    Seberg fut une icône de la Nouvelle Vague. Son rôle le plus remarquable est celui de Patricia au côté de Jean-Paul Belmondo dans “Á Bout de souffle” de Jean-Luc Goddard. Le film lui apporta une popularité instantanée et la réputation d’être la meilleure actrice en Europe. Á l’inverse de la plupart des actrices de l’époque, elle offrait une image non conventionnelle d’un premier rôle féminin et choquait par sa coupe de cheveux à la garçonne et son jeu intrépide.

     

     

    Seberg disparut de la scène cinématographique alors qu’elle était au sommet de sa carrière suite à la campagne de diffamation instaurée par le FBI. Parce qu’elle prenait part à divers mouvements communautaires militants, le gouvernement des États-Unis la calomnia en envoyant de faux rapports aux journaux et autres médias. L’attaque alla si loin qu’elle déclara que le père de l’enfant que Seberg portait était un membre du Black Panther Party.

    romain gary

    L’état de santé mentale de Seberg déclina rapidement suite à ces diffamations de la part du FBI. Elle accoucha prématurément et son bébé mourut 2 jours après la naissance. Alors qu’elle était à l’époque mariée à Romain Gary, et pour prouver que son enfant n’avait aucun lien avec un membre du Black Panther Party, Seberg demanda à ce que le cercueil reste ouvert durant la cérémonie. Des années plus tard, le FBI publia des dossiers prouvant que Seberg avait bien été victime de diffamations.

    Seberg se maria encore deux fois par la suite, d’abord à l’ambitieux réalisateur Dennis Barry, puis au violent Ahmed Hasni. Pendant le reste de sa carrière, Seberg continua à subir des effractions, surveillances de sa ligne téléphonique et harcèlements de toutes sortes. On dit qu’elle s’est suicidée le jour de l’anniversaire de la mort de son deuxième enfant.

    L’actrice repose au cimetière de Montparnasse à Paris, France.

    pixie-jean-seberg-3

    ÉCU a choisi Jean Seberg pour le Spotlight cette semaine parce que, comme la plupart d’entre vous cinéastes indépendants, Seberg était un artiste avec un message pour le monde. Elle étendu ses frontières en tant qu’une actrice et elle a contribué à la bonne volonté des causes lesquelles elle croyait. Quand le monde apparemment a conspiré contre elle, elle a contribué encore sa voix aux groupes des droits civils et s’est battu pour garder sa bonne réputation. Jusqu’à ce jour, Seberg reste une icône du cinéma nouvelle vague et une figure influente de son époque.

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    • 29 November 2013

    sources

    http://www.ecufilmfestival.com/fr/jean-seberg/

      

     

      

     

     

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