• Histoire du CINEMA ITALIEN ( 1 )

     

     

    Federico Fellini, La Dolce Vita

     

    Federico Fellini, La Dolce Vita

     

     

    Par son originalité et l'audience internationale qu'il a obtenue, le cinéma italien occupe une place de premier plan dans l'histoire du septième art. Son rayonnement se manifeste dès les années 1910, avec l'essor artistique du muet. L'Italie d'après-guerre invente le néoréalisme, puis les réalisations des nombreux créateurs des années 1960 voisinent avec les films de comédie, la comédie italienne devenant un genre en soi. La période récente est plus difficile pour le cinéma transalpin. → Italie.

     

     

    Michele Cammarano, La carica dei bersaglieri a Porta Pia, 1871,

     

     

     

    2. L'âge d'or (1905-1923)

    2.1. Les premiers films italiens

    Le 11 novembre 1895, l'Italien Filoteo Alberini a fait breveter le Kinétographe, mais cet appareil reste à l'état de plan. C'est à l'initiative du photographe Vittorio Calcina qu'a lieu la première projection du Cinématographe Lumière le 29 mars 1896 à Milan dans les locaux du Cercle des photographes. Les premiers films italiens Lumière sont tournés par Louis Promio, venu de Lyon, et par Calcina. Parallèlement, Italo Pacchioni réalise une sorte de copie de l'appareil Lumière et tourne des films qu'il présente à la foire de Milan en 1896.

    Très vite, le cinéma va toucher un public plus large, dans les baraques foraines ou les cafés-concerts. En 1898, Fregoli a l'idée de filmer ses numéros et intègre les projections à ses spectacles sur scène sous le nom de Fregoligraph. Entre 1896 et 1905, la production de films est presque uniquement composée de vues d'actualités.

     

    Napoli, Museo Capodimonte

     

    2.2. La phase ascendante

    La Prise de Rome, reconstitution des événements de 1870 réalisée par Alberini en 1905, marque un tournant dans la mesure où il s'agit du premier film à sujet sorti des studios italiens. La production de la péninsule entre dans une phase ascendante qui va durer jusqu'en 1918. On assiste ainsi à la naissance de nombreuses maisons de production à Rome et à Turin.

     

    À Rome, l'« Alberini et Santoni » (maison fondée en 1905) devient en avril 1906, avec l'appui du Banco di Roma, la Cines. La société se développe rapidement et dès 1907 elle ouvre une succursale à New York.

     

    À Turin, Arturo Ambrosio crée à la fin de 1905 la société « Ambrosio et Cie ». En avril 1907, l'entreprise se transforme en société par actions avec l'appui de la Banca Commerciale de Turin. Dans cette même ville, Carlo Rossi fonde la société Rossi et Cie : dès 1907, la société produit une trentaine de films. Des difficultés financières conduisent à la liquidation de l'entreprise et à son rachat par l'ingénieur Sciamengo et par Giovanni Pastrone sous le nom de Rata Film.

     

    D'autres maisons de production apparaissent : la Milano Film (Milan, 1909), la Film d'Arte Italiana (Rome, 1909), la Lombardo Film (Naples, 1910), la Cielo Film (Rome, 1912), la Napoli Film (Naples, 1914), la Morgana Film (Palerme, 1914). Au total, à la veille de la Première Guerre mondiale, on compte en Italie une cinquantaine de sociétés de production.

     

     

    CABIRIA 1914 PART 1 CLASSIC SILENT FILMS & TV SHOWS

      

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    le fond musical sera mis sousLyda Borelli silence.

    Merci.

     

     

    Les films historiques et le succès international

    En 1907, on réalise 105 films de 100 à 250 mètres, en 1910, 561 films de 150 à 300 mètres, en 1912, 717 films de 150 à 1 000 mètres (un film de 330 m dure environ 12 minutes). Dans la péninsule, on dénombre 500 salles en 1910. Mais c'est surtout le succès international qui conditionne la puissance industrielle du cinéma italien. Les producteurs s'orientent de plus en plus vers les fastueuses reconstitutions historiques, qui ressuscitent d'une manière plus ou moins nostalgique un passé de grandeur dont les spectateurs sont particulièrement friands.

     

    On ne se contente pas d'évoquer l'ancienne Rome ou l'Antiquité grecque, on adapte aussi bien Homère que Shakespeare, Dante qu'Alexandre Dumas, le Tasse que Sienkiewicz, la Bible que Ponson du Terrail, Victor Hugo que Manzoni. Les catalogues des firmes de l'époque ressemblent à un tumultueux répertoire historique : Néron (Omegna, 1909, producteur Ambrosio), la Chute de Troie (Pastrone, 1910, producteur Itala), la Jérusalem libérée (Guazzoni, 1911, producteur Cines).

     

     

    La conquête du marché américain est le fait le plus spectaculaire : les avances sur recettes consenties par les distributeurs américains permettent d'entreprendre des films de plus en plus coûteux : Quo Vadis ? (Guazzoni, 1912), les Derniers Jours de Pompéi (Caserini, 1913, et Vidali, 1913), Cabiria (Giovanni Pastrone, 1913), un drame gréco-romain-punique qui utilise le prestige du nom de Gabrielle D'Annunzio – rédacteur des cartons – pour attirer les foules. Cabiria préfigure Intolérance de Griffith et reste dans les mémoires plus pour ses innovations techniques que pour l'intérêt de son scénario.

     

     

    L'influence de ce film sur les cinéastes du monde entier est loin d'être négligeable (gigantisme des décors charpentés et staffés, séduisantes recherches de perspective, utilisation du travelling à des fins psychologiques, emploi des jeux de lumière artificielle). En 1913, le cinéma italien est à son apogée : ses productions sont vendues dans le monde entier.

    Après Cabiria, d'autres films historiques sortent des studios italiens : Jules César (Guazzoni, 1914), Christus (Antamoro, 1914), Madame Tallien (Guazzoni, 1916), Fedora (De Liguoro, 1916), Fabiola (Guazzoni, 1917), Attila (Mari, 1917), Theodora (Carlucci, 1919).

     

    Lyda Borelli

     

     

    2.4. Les divas

    Le succès en 1913 de Lyda Borelli dans Mais mon amour ne meurt pas de Caserini lance la mode des divas, la diva apparaissant comme un avatar de la vamp nordique, mais elle est plus une déesse et une prêtresse qu'une femme-vampire. L'homme qui tombe sous sa domination est offert aux forces du destin.

     

    Une dizaine de vedettes féminines occupent dès lors dans le cinéma italien une place privilégiée : Francesca Bertini, Soava Gallone, Diana Karenne, Leda Gys, Lina Cavalieri, Italia Almirante Manzini, la Hesperia, Maria Jacobini, Pina Menichelli et Lyda Borelli enflamment l'écran de leurs mouvements alanguis et de leurs passions dévorantes.

     

    "1860", di Alessandro Blasetti

     

    2.5. La diversification : le film burlesque et le film à suite

    Dans ces années de grosse production, le cinéma italien se diversifie de plus en plus et couvre un champ culturel qui va de l'appel aux monstres sacrés du théâtre (Eleonora Duse interprète Cenere, de Febo Mari, en 1916) au recrutement d'anciens clowns devenant les vedettes de films burlesques très inspirés par leurs homologues français (ainsi André Deed, qui avait créé le personnage de Boireau, et qui s'illustre en Italie dans la série des Cretinetti, ou Ferdinand Guillaume, qui interprète la série des Polidor).

     

    Le film d'aventures et le « serial » (film à suite) trouvent également leur épanouissement avec des personnages comme Maciste (docker géant et débonnaire joué par Bartolomeo Pagano : Maciste aux enfers, 1924) ou Za-la-mort (voyou sentimental créé par Emilio Ghione). Acteur et metteur en scène, Ghione lance en 1915 avec la Bande des chiffres une vogue qui atteindra son point culminant en 1918 avec les huit épisodes des Souris grises.

     

    Bien que limité à quelques titres, le film réaliste (ou plutôt vériste) porte en lui les prémices du mouvement qui fera la gloire du cinéma italien à partir de 1945. Des films comme Perdus dans les ténèbres, d'après Roberto Bracco (Nino Martoglio, 1914), ou Assunta Spina, d'après Salvatore Di Giacomo (Serena, 1915), mettent en scène des personnages ou des lieux (les quartiers populaires de Naples) appelés à exprimer l'âme profonde d'un peuple.

     

     

    3. Le déclin et les années du fascisme (1923-1943)

    3.1. La fin de l'âge d'or (les années 1920)

    En 1923, la faillite de l'Union cinématographique italienne (regroupant depuis 1919 les principales sociétés de production) marque la fin de l'âge d'or du cinéma italien. Désorganisation industrielle, perte des marchés étrangers, concurrence américaine, blocage des crédits bancaires, absence d'aide gouvernementale sont les principales causes du déclin. La crise économique se double d'une crise d'identité.

     

    Les genres traditionnels survivent péniblement, et seul le film historique connaît encore quelques grands moments avec des œuvres comme Messaline (Guazzoni, 1923), Quo Vadis ? (Gabriellino D'Annunzio et G. Jacoby, 1924), les Derniers Jours de Pompéi (Palermi et Gallone, 1926).

     

     

    3.2. La phase de reprise des années 1930

    Pendant les années 1930, la production entre petit à petit dans une phase de reprise qui atteindra son point culminant en 1942 avec 120 films (premier rang européen). Cette période se caractérise non pas tant par les films de propagande, peu nombreux (Chemise noire, Forzano, 1933, Vieille Garde, Alessandro Blasetti, 1934), que par les films d'évasion : comédies sophistiquées, mélodrames mondains, films musicaux, films d'aventures, films historiques. Ce cinéma des « téléphones blancs » (films légers et sirupeux, au pathétisme de pacotille), encouragé par des lois d'aide efficace (surtout à partir de 1938), véhicule une idéologie implicite qui propose une vision idéalisée de l'Italie fasciste.

     

    L'absence de conflit définit un univers homogène dans lequel l'individu trouve son bonheur et la dose de rêve dont il a besoin. Mais la vraie relance s'opère grâce au soutien de l'État, avec la création, en 1935, de l'école de cinéma de Rome et l'inauguration en grande pompe, en 1937, des immenses studios de Cinecittà.

    Dans cet univers ouaté émergent les figures d'Alessandrini (Seconda B, 1934, Cavalleria ou la Cavalerie héroïque, 1936, Luciano Serra pilote, 1938) ou d'Alessandro Blasetti, avec Sole (1928) et 1860 (1933, sur l'épopée garibaldienne), dont les films historiques profitent ensuite des vastes studios de Cinecittà (Ettore Fiera-mosca, 1938, Une aventure de Salvator Rosa, 1940, la Couronne de fer, 1941), et surtout de Mario Camerini (Rails, 1929), les Hommes, quels mufles !, 1932, Je vous aimerai toujours, 1933, je donnerai un million, 1935, Il signor Max, 1937, I grandi magazzini, 1938, Une romantique aventure, 1940).

     

     

    4. Le néoréalisme (1945-1950)

    4.1. Les prémices du néoréalisme (1940–1945)

    Au début des années 1940, de nouveaux courants se font jour, marqués soit par une fuite dans un formalisme qui nie les réalités de l'heure – c'est le mouvement « calligraphique », dans lequel s'illustrent des cinéastes comme Soldati, Poggioli, Castellani, Lattuada, Chiarini –, soit au contraire par une volonté de retour au concret. C'est dans ce creuset que se forgent les prémices du néoréalisme, avec des films comme Quatre Pas dans les nuages (Blasetti, 1942), Sissignora (Poggioli, 1942), Les enfants nous regardent (Vittorio De Sica, 1943). Surtout, véritable manifeste d'un art nouveau, Ossessione (Visconti, 1942), inspiré du roman de James Cain Le facteur sonne toujours deux fois ce film est une protestation talentueuse contre les intrigues bourgeoises optimistes et contre le cinéma de prestige officiel.

     

     

    Ainsi, avant même que s'effondre le régime fasciste, une entreprise de subversion, sensible aussi dans le travail critique des revues Cinema, Bianco e Nero, Corrente, s'était insinuée dans le cinéma italien : dans ces revues, les critiques Umberto Barbaro, Carlo Lizzani, Giuseppe de Santis attaquent les calligraphes et déclarent qu'il faut rompre avec la littérature. Le mot néoréalisme est employé pour la première fois en 1943 par Barbaro dans la revue Il Film.

     

     

    4.2. L'apogée du néoréalisme (1945-1950)

    Préparé à la fois par une expérience théorique et par des films précurseurs, le néoréalisme donne sa première œuvre en 1945 avec Rome, ville ouverte, de Rossellini. Le mouvement se développe très vite : presque tous les grands cinéastes du moment s'engagent dans une recherche anxieuse de la réalité. Les films de l'après-guerre veulent avant tout porter témoignage sur le moment présent et le proche passé, sur la guerre, la Résistance et les difficultés de la reconstruction.

     

     

    Le néoréalisme est né de certaines circonstances spécifiques de l'après-guerre : la ruine des studios et la pénurie de matériel divers obligent les réalisateurs à tourner le plus souvent en décors naturels. Très marqués par la situation politique, sociale et économique de l'époque, certains metteurs en scène s'attachent à montrer sans fard la vérité quotidienne du monde qu'ils côtoient, mêlant aux comédiens de métier des acteurs non professionnels, négligeant toutes coquetteries de style au profit d'une plus juste appréhension de la réalité vécue.

    Quatre auteurs dominent cette « école italienne de la Libération » : Roberto Rossellini, Vittorio De Sica, Luchino Visconti et Giuseppe De Santis. Avec sa description des désastres de la guerre et leurs implications sociales (Rome, ville ouverte, Païsa, 1946, Allemagne année zéro, 1948), Rossellini montre une Italie qui se dresse contre l'oppression nazie-fasciste et met en scène une Allemagne qui sombre dans le désastre matériel et moral consécutif à la chute du Reich.

     

    Associé à Zavattini, qui écrit les scénarios, De Sica tourne successivement Sciuscia (1946), puis décrit le sous-emploi urbain dans le Voleur de bicyclette (1948) et Miracle à Milan (1950), avant de proposer une peinture de la classe moyenne avec Umberto D (1951). Visconti ne donne qu'un film proprement néoréaliste, mais il s'agit d'un des chefs-d'œuvre du genre : La terre tremble (1948). De Santis, le plus soucieux de tous les cinéastes du sens politique de son travail, décrit un milieu populaire dont il perçoit à la fois la revendication révolutionnaire et la soumission à l'idéologie dominante, en abordant les problèmes agraires et la question méridionale dans Chasse tragique (1947), Riz amer (1949) et Pâques sanglantes (1950), puis la question de la femme dans Onze heures sonnaient (1951). Les réalisateurs Lattuada (le Bandit, 1946, Sans pitié, 1948), Vergano (Le soleil se lèvera encore, 1946), Castellani (Sous le soleil de Rome, 1948, Primavera, 1949, Deux Sous d'espoir, 1952), Germi (le Témoin, 1946, Jeunesse perdue, 1947, le Chemin de l'espérance, 1950), Zampa (Vivre en paix, 1946, l'Honorable Angelina, 1947, les Années difficiles, 1950) ont chacun à leur manière contribué à la richesse et à la diversité d'une école dont l'influence se fera sentir un peu partout dans le monde.

    Ce mouvement novateur sera de courte durée. Face à l'hostilité des producteurs et des pouvoirs publics et en présence d'une désaffection du public, les cinéastes se détournent progressivement des canons du genre : en 1951, des œuvres comme Onze heures sonnaient (De Santis) ou l'Amour à la ville (film à sketches coordonné par Zavattini, 1953) marquent la fin d'une époque.

    Le néoréalisme constitue un chapitre essentiel de l'histoire du cinéma italien. On peut même penser qu'il meurt, au début des années 1950, parce qu'il a accompli sa fonction : ramener les cinéastes au contact de la réalité.

    Les principaux films du néo-réalisme

    Les principaux films du néoréalisme



    1942 : Ossessione (L. Visconti).

    1945 : Rome, ville ouverte (R. Rossellini).

    1946 : le Bandit (A. Lattuada), Païsa (R. Rossellini), Sciuscià (V. De Sica), Vivre en paix (L. Zampa).

    1947 : Allemagne, année zéro (R. Rossellini), Chasse tragique (G. De Santis).

    1948 : Riz amer (G. De Santis), La terre tremble [Épisode de la mer] (L. Visconti), le Voleur de bicyclette (V. De Sica).

    1949 : Au nom de la loi (P. Germi).

    1950 : le Chemin de l'espérance (P. Germi), Pâques sanglantes (G. De Santis).

    1951 : Bellissima (L. Visconti), Miracle à Milan (V. De Sica).

    1952 : Europe 51 (R. Rossellini), Umberto D. (V. De Sica).

     

    5. Le retour aux normes : les années 1950

    Dans les années 1950, le développement des genres populaires comme le mélodrame (notamment la série des films interprétés par Amedeo Nazzari et Yvonne Sanson dans des mises en scène de Matarazzo, comme le Mensonge d'une mère, 1949, ou certains films de Cottafavi), la comédie de mœurs, genre typiquement italien où triomphent des acteurs comme Toto, Vittorio Gassman ou Alberto Sordi (Dimanche d'août, Emmer, 1950, Gendarmes et Voleurs, Steno et Monicelli, 1951, le Manteau, Lattuada, 1952, Pain, amour et fantaisie / Pain, amour et jalousie, Comencini, 1953-1954, Pauvres mais beaux, Dino Risi, 1956, le Pigeon, Monicelli, 1958), et le péplum (Riccardo Freda, Vittorio Cottafavi).

     

     

     

     

    Par ailleurs, il serait difficile de comprendre l'épanouissement du cinéma italien au début des années 1960 sans la référence à l'expérience décisive accomplie à partir de 1945. C'est dans les années 1950 que font leurs débuts et s'affirment les deux cinéastes qui ont le plus marqué leur époque, Antonioni (de Chronique d'un amour, 1950, au Cri, 1957) et Fellini (des Feux du music-hall, coréalisé avec Lattuada, 1951, aux Nuits de Cabiria, 1957).

     

     

    6. Le renouveau du cinéma italien : les années 1960

    6.1. Le cinéma d'auteur

    Autour de 1960 se situe une nouvelle charnière aussi importante que celle de 1945. Le cinéma italien prend une place de tout premier plan dans la production mondiale. Dans une sorte d'euphorie créatrice, des cinéastes confirmés livrent leurs œuvres les plus significatives, tandis qu'une nouvelle génération de metteurs en scène révèle la continuité de l'engagement social et politique du cinéma italien. Ainsi, en quelques années, sortent sur les écrans des films aussi importants que le Général Della Rovere (Rossellini, 1959), La Dolce Vita (Fellini, 1960), L'avventura (Antonioni, 1959), Rocco et ses frères (Visconti, 1960, qui voit la consécration d'Alain Delon), Journal intime (Zurlini, 1962), La Ragazza (Comencini, 1963).

     

     

    Mariage à l'italienne
    Mariage à l'italienne de Vittorio De Sica (1964)

    Les Années 1960

    Dans L'avventura (avec Monica Vitti), Antonioni explore, par longs plans modulés, les voies de l'introspection, alors que Fellini, dans La Dolce Vita, propose une satire baroque et exubérante de la vie moderne par le biais d'une cruelle fresque sociale. Antonioni tourne ensuite successivement la Nuit (1960), l'Eclipse (1961), le Désert rouge (1964), Blow Up (1966), Zabriskie Point (1969), Chung Kuo, la Chine (1973), Profession reporter (1974), tandis que Fellini réalise Juliette des esprits (1965) et Satyricon (1969), utilisant Cinecittà pour ses décors pharaoniques. Nino Rota est alors l'un des grands compositeurs de musique de films, notamment pour Fellini et pour Visconti.

     

     Prima della rivoluzione
    Prima della rivoluzione
     

      

      

      

    Todo Modo

      

      

    Todo Modo

    6.2. La comédie

    Dans le registre de la comédie s'affirme un ton à mi-chemin entre la gravité et l'humour avec des films comme la Grande Guerre (Monicelli, 1959), la Grande Pagaille (Comencini, 1960), Une vie difficile (Risi, 1961), À cheval sur le tigre (Comencini, 1962), le Fanfaron (Risi, 1962), la Marche sur Rome (Risi, 1962), Mafioso (Lattuada, 1962), les Camarades (Monicelli, 1963).

     

     

    6.3. Le cinéma engagé

    Ces années voient aussi les débuts de Rosi (le Défi, 1958, Salvatore Giuliano, 1961), d'Olmi (Le temps s'est arrêté, 1959, Il Posto, 1961), de Petri (l'Assassin, 1961, I Giorni Contati, 1962), de Pasolini (Accattone, 1961, Mamma Roma, 1962), de Bertolucci (La Commare secca, 1962, Prima della Rivoluzione, 1964), des frères Taviani (Un homme à brûler, 1962), de Ferreri (après trois films en Espagne, il tourne le Lit conjugal en 1962).

    Si on ajoute à cette liste Ettore Scola, qui fait ses débuts en 1964, et Bellocchio, dont les Poings dans les poches datent de 1965, le cinéma italien apparaît alors comme l'un des plus vivants en Europe et même dans le monde. Soutenu par une infrastructure industrielle puissante (plus de 200 films par an jusqu'en 1976), qui permet de nombreuses coproductions ( le Dernier Tango à Paris, 1973, de Bertolucci), le cinéma italien connaît jusque vers la fin des années 1970 une période de rayonnement culturel intense. Il influence le cinéma américain par l'intermédiaire de certains réalisateurs américains d'origine italienne, comme Coppola ou Scorsese.

     

     

    6.4. Des acteurs prestigieux

    Ces réalisateurs majeurs s'appuient sur des acteurs de grand talent, qui excellent dans tous les genres, tels Marcello Mastroianni, Vittorio Gassman, Gian Maria Volonte, Claudia Cardinale, Anna Magnani, Gina Lollobrigida, Stefania Sandrelli ou Sophia Loren.

     

     

     

    7. La grande période des années 1970

    7.1. Des œuvres importantes

    Les cinéastes de renom tournent des œuvres importantes, qu'il s'agisse de Fellini (Fellini-Roma, 1972, Amarcord, 1973, le Casanova de Fellini, 1976, la Cité des femmes, 1979), d'Antonioni (Profession reporter, 1974), de Rosi (les Hommes contre..., 1970, l'Affaire Mattei, 1971, Cadavres exquis, 1976, Le Christ s'est arrêté à Eboli, 1979), de Paolo et Vittorio Taviani (Allonsanfan, 1974), de Bertolucci (1900, 1975), de Comencini (l'Argent de la vieille, 1972), de Risi (Parfum de femme, 1974), de Scola (qui dresse des portraits hétéroclites de la société italienne dans lesquels se mêlent l’histoire et les histoires, la politique et la mémoire collective : Nous nous sommes tant aimés, 1974 ; Affreux, sales et méchants, 1976 ; Une journée particulière, 1977). À ces noms il convient d'ajouter celui de Mario Monicelli, de Marco Bellocchio, de Mauro Bolognini, de Francesco Maselli, de Gillo Pontecorvo, de Valerio Zurlini, de Liliana Cavani et de Lina Wertmüller.

     

     

    7.2. Le western-spaghetti, le film d'horreur et le cinéma érotique

    Sergio Leone invente le western « à l'italienne » ou « western-spaghetti », servi par les prenantes musiques d'Ennio Morricone (Pour une poignée de dollars, le Bon, la Brute et le Truand, Il était une fois dans l'Ouest). Puis il rend hommage au film noir (Il était une fois en Amérique).

    Le public italien apprécie aussi le film d'horreur, dont se font une spécialité Riccardo Freda (1909-1999), Mario Bava et Vittorio Cottafavi (1914-1998), ainsi que Dario Argento et George Romero.

    Le cinéma italien propose aussi des comédies érotiques, avec les films de Tinto Brass, dont Caligula (1977), et des films de série Z, devenus culte aujourd'hui.

     Quelle est l'identité de ce cinéaste d'Italie ?

    7.3. Les dernières œuvres de Pasolini et de Visconti

    Cette période faste s'achève avec la mort de deux de ses plus brillants représentants : Pier Paolo Pasolini, écrivain et cinéaste maudit, dont l'œuvre brûlante – Œdipe roi (1967), Théorème (1968), Porcherie (1969) – se clôt sur une véritable descente aux enfers avec Salo ou les 120 Journées de Sodome (1975), est assassiné en 1975. Visconti, qui a donné, avec le Guépard (1962), Sandra (1964), les Damnés (1969), Mort à Venise (1971) et Ludwig (1972), une contribution esthétique majeure à l'art cinématographique, meurt en 1976.

     

     

    7.4. Un cinéma sans complaisance

    Etroitement mêlé à la vie du pays, le cinéma donne de l'Italie une image sans complaisance et participe de l'effort des milieux intellectuels et artistiques pour tenter de cerner les contradictions d'une société qui cherche à grand-peine son équilibre.

     

     

    Toutefois, depuis les années 1977-1978, et ce malgré quelques œuvres de premier plan signées notamment par Antonioni (Identification d'une femme, 1982) ou les frères Taviani (la Nuit de San Lorenzo, 1982), le cinéma italien traverse une crise productive et créative aux issues incertaines et vis-à-vis de laquelle l'aide de la télévision (qui a produit Padre Padrone des frères Taviani et l'Arbre aux sabots d'Olmi, deux films vainqueurs au festival de Cannes), n'est qu'un palliatif n'attaquant pas le mal à la racine.

     

     

     

    8. La comédie des années 1980 jusqu’à nos jours

    La comédie est un genre très présent durant cette décennie peu brillante de l’histoire du cinéma italien. On se souviendra, toutefois, de noms tels que Roberto Benigni (Non ci resta che piangere, 1984) et Carlo Verdone (Borotalco, 1982), les deux interprétant des rôles de premier plan dans leurs propres films. Parmi les acteurs qui ont marqué cette époque, on évoquera Massimo Troisi et, en particulier, Paolo Villaggio, créateur d’un personnage mythique, le malchanceux comptable Ugo Fantozzi, considéré comme le dernier « personnage » de la Commedia dell’Arte.

     

    Au-delà de ces noms, la comédie des années 1980 se révèle extrêmement « légère », trop souvent grossière. Il est intéressant d’évoquer l’héritage actuel de cette comédie légère : le courant popularissime des « cine-panettoni », ces films comiques qui attirent généralement un public habitué aux productions télévisées et qui remplissent les salles de cinéma pendant la période de Noël (en même temps que les « panettoni » remplissent les bacs des supermarchés), une vraie célébration du mauvais goût.

     

     

     

    9. Les difficultés des années 1990 et 2000

    Pendant cette décennie de fin de siècle, le cinéma italien, toujours dominé par la figure prestigieuse des anciens, n'a pas connu de véritable relève. En effet, malgré l'apparition de nouveaux talents – tel Nanni Moretti (Palombella rossa, 1989, Journal intime, 1993, la Chambre du fils, 2001) et Mimmo Calopresti (qui construit une œuvre à la fois poétique et politique avec La Seconda Volta)

     

     

    – et les succès de Cinéma Paradiso de Giuseppe Tornatore, et de Mediterraneo de Gabriele Salvatores, qui obtiennent l'Oscar du meilleur film étranger en 1990 et 1992, ainsi que du Petit Diable (1991) de Roberto Benigni ou des Enfants volés (1992, primé à Cannes) et Cosi Rivedano (1998, Lion d'or à Venise) de Gianni Amelio, il reste fortement inscrit dans un rapport paradoxal de concurrence et de dépendance vis-à-vis de la télévision, peu propice à la création véritablement cinématographique. La vie est belle, de Roberto Benigni, a obtenu le Prix spécial du jury au festival de Cannes 1998, et plusieurs Oscars en 1999, dont celui du meilleur acteur. On mentionnera également des noms tels que Daniele Luchetti (Le porteur de serviette, 1991), Mario Martone (L’amour meurtri, 1995), Silvio Soldini (Pain, Tulipes et Comédie, 2000).

     

     

    "Noi credevamo" di Mario Martone

     

     

    10. Confirmations et nouvelles recrues

    Nanni Moretti continue d’intéresser le public italien et surtout la critique grâce au contenu politique du Caïman (2006, prix David di Donatello du meilleur film du meilleur réalisateur). En 2000, Marco Tullio Giordana présente au festival de Venise Les cents pas, une biographie de Peppino Impastato, un jeune communiste sicilien tué par la mafia en 1978.

     

     

    "Noi credevamo" di Mario Martone

     

     

    En 2003, le même réalisateur présente à Cannes (prix Un certain regard) une fresque brillante de l’Italie des quatre dernières décennies (Nos meilleures années) et, la même année, Marco Bellocchio raconte l’enlèvement d’Aldo Moro dans son Buongiorno, notte. L’originalité du réalisateur Paolo Sorrentino mérite une mention particulière pour Les conséquences de l’amour (2004) et Il divo (Prix du Jury à Cannes en 2008), une analyse de l’histoire de la société italienne à travers l’activité politique d’un personnage de premier plan comme Giulio Andreotti.

     

     

     

    "Noi credevamo" di Mario Martone

     

    Gomorra (2008, Grand Prix du Jury à Cannes) de Matteo Garrone, film tiré du livre de Roberto Saviano sur la Camorra napolitaine, connaît lui aussi une reconnaissance internationale. Paolo Virzi s’inscrit dans la tradition de la comédie italienne. On mentionnera également d’autres cinéastes tels que Michele Placido, Daniele Vicari, Ferzan Özpetek, Emanuele Crialese, Cristina et Francesca Comencini et Gabriele Muccino.

     

     

     http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/Italie_cin%C3%A9ma_italien/185395

     

     

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