• Emile à l'Hôtel - Remo FORLANI - 1999

     

     

    Vichy sous l'Occupation. Chaque semaine, à l'Hôtel du Parc, le maréchal Pétain confie sa tête au jeune Emile, jusqu'alors apprenti coiffeur dans le salon de son père. Emile sait se rendre indispensable. Il recueille les radotages et satisfait les caprices du vieux, confiné dans sa chambre. Il se trouve malgré lui embarqué dans la plus rocambolesque des conspirations.

     

     

    Vichy sous l'Occupation.

    Chaque semaine, à l'hôtel du Parc, le maréchal Pétain confie sa tête au jeune Émile, jusqu'alors apprenti coiffeur dans le salon de son père.

    Quoi de plus rassurant pour l'état-major du maréchal que ce gamin docile qu'on laisse traîner dans les couloirs et chaparder aux cuisines? À l'hôtel, où s'agitent les enragés de la Collaboration, Émile sait se rendre indispensable.

    Il recueille les radotages et satisfait les caprices du Vieux, confiné dans sa chambre. Il épie les manigances de Laval, couche comme tout le monde avec la belle Emma, n'échappe pas aux avances suspectes du capitaine Vincent et se trouve bientôt embarqué dans la plus rocambolesque des conspirations.

     

     
     

    Emile-a-l-hotel-FORLANI.jpgExtrait:

    Trois jours avant la Saint-Sylvestre, n'en pouvant plus de me ronger le crâne et les sangs et de me faire inquisitionner par ma mère et enguirlander par le rouquin, j'ai repris ma petite valoche de coiffeur. Et en avant.

    Et le chef de l'Etat français m'a accueilli avec son sourire numéro un, celui auquel avaient droit les petites filles endimanchées qui lui remettaient des bouquets plus gros qu'elles dès qu'il posait le pied dans la rue principale d'un riant village de France.

    - Alors Figaro, on boude son Maréchal?

    On se posait des questions. On était sur le point de te porter déserteur.

    Il avait beau avoir l'air tout miel, ça ne pouvait que faire frissonner ce qu'il me sortait là. Les déserteurs, on savait comment il les avait arrangés, en dix-sept, ce triste con. C'est que, à l'occasion, le cher grand militaire, il ne se privait pas de faire fusiller des pauvres types. Pour l'exemple.

    Je n'ai pas eu droit au "Fais ton office, bourreau".

    Il ne m'a plus rien dit, tout occupé qu'il était à coller dans un épais cahier relié en cuir des photos de lui découpées dans des journaux.

    Il faisait tant attention à ne pas faire déborder la colle qu'il en tirait la langue. Une moche petite langue rougeaude de vieillard.

    Je l'ai artistiquement rafraîchi, j'ai bien brossé le col de sa vareuse. En uniforme il était, ce matin-là, avec ses médailles. Sûrement pas toutes, il n'aurait pas eu la place, un brave aussi brave.

    S'étant levé, tout en se regardant de face et de profil dans son miroir ancien, il m'a demandé combien j'avais de frères et de soeurs.

    - Je n'en ai pas, monsieur le Maréchal.

    - Fils unique, alors?

    - Oui, monsieur le Maréchal. Mes parents n'ont eu que moi.

    Il m'a fixé longuement. Ses yeux bleus se sont durcis.

    - Fils unique! Ca te semble normal?

    - Je...je sais pas, monsieur le Maréchal.

    - Eh bien moi, je sais. Je sais que c'est la natalité qui fait la force d'une nation. Sa force et sa grandeur. Une nation sans enfants c'est comme un oiseau sans plumes.

    Tu imagines le coq gaulois tout déplumé, tout nu? Il ne serait plus bon qu'à devenir poule au pot.

    Eh bien notre France c'est du pareil au même. Une poule au pot! Une désolante poule au pot.

    Et il s'est mis à l'être, désolé. De cruels, ses yeux sont devenus pleurnichoux. Pour un peu, il m'aurait fait peine.

    - Et pourtant ce n'est pas faute de. Je leur ai dit. Jésus leur a dit. Nous leur avons dit et répété. Mais autant compisser une mandoline. Il suffit de regarder pour voir.

    Pour voir quoi? Des femmes aux jupes de plus en plus courtes et plus soucieuses d'exhiber leurs mamelles que d'allaiter.

    Même les mieux pourvues en ventre, en hanches, même les plus prédisposées à l'enfantement. Paresseuses des entrailles. Frivoles. Inconséquentes. Se contentant d'un mioche, d'un dérisoire fils unique. Et fruit d'un "accident" qui plus est! Toutes partantes pour être épousées, pour avoir un homme buveur de Pernod et joueur de belote dans leur lit pour qu'il assouvisse leurs besoins de chattes sans cesse en chaleur.

    Mais, mères, le moins possible! Sans parler de toutes les gueuses recourant aux bons offices des faiseuses d'anges. Combien de petites Jeanne d'Arc tuées dans l'oeuf chaque année?

    Combien de Blaise Pascal, de Pasteur, de père de Foucauld? Combien? Pendant ce temps-là, la femme allemande, la mère allemande, la matrone bolchevique...

    Ce n'était plus de la pleurniche.

    Des larmes jaillissaient de ses yeux, à père-grand.

     

    On suit avec bonheur le jeune Emile dans ses aventures, de son entrée à "l'hôtel" pour effectuer  sa première coupe de cheveux hebdomadaire du "Vieux", à son installation quasi définitive en ce lieu pour fuir un contexte familial pesant (son père étant resté à moitié débile suite à une attaque cérébrale, sa mère en profite pour laisser son amant s'installer à la maison).

     

    Tout au long du roman, Emile semble rester sans opinion sur le régime de Vichy, même si l'on sent poindre une certaine forme de mépris lorsqu'il décrit les occupants de l'hôtel,

    qu'il s'agisse du Maréchal, qui semble parfois perdre la tête, de Mme la Maréchale, avec laquelle le Vieux entretient des relations tendues, ou encore des miliciens qui se livrent à la torture dans les caves.

    La routine commence à s'installer pour Emile lorsqu'un beau jour, quelques-uns des occupants de l'hôtel décident de kidnapper le Vieux sous prétexte de mieux le protéger. Emile se retrouve entraîné dans la conspiration, et se voit chargé de verser un somnifère dans l'infusion du Maréchal.

     

     

    Le but des "franciscains", comme ils se font appeler, est de faire couronner Pétain par le Pape, puis de l'amener à abdiquer au profit d'un Bourbon ou d'un Orléans lorsque les temps seront devenus meilleurs pour la France.

     

    Une idée tout à fait rocambolesque, qui n'est cependant pas pour déplaire au Vieux qui s'imagine très bien dans la peau d'un monarque.

    L'histoire connaît cependant un épilogue tragique, lorsque des miliciens viennent délivrer le Vieux, ne laissant aucun survivant derrière eux. Parmi les victimes, la petite Bernadette, jeune villageoise dont Emile venait de tomber amoureux.

    Un livre vraiment très agréable à lire. Même si certains faits relatés sont d'une extrême noirceur (torture, viol d'Emile...), l'humour n'est jamais très loin, et l'on se régale vraiment du portrait

    que Remo Forlani dresse du Maréchal Pétain, présenté ici comme un vieillard mégalomane et sénile.

     

    Sources

    http://durocligne10.over-blog.com/article-emile-a-l-hotel-remo-forlani-1999-116787313.html

    « ISABELLE HUPPERT Zizi Jeanmaire »
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