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    Liz Taylor, la femme au cœur brûlant

    Hommage | On la croyait immortelle… Image de la passion hollywoodienne (version tempétueuse), Liz Taylor, huit mariages et des dizaines d’histoires enflammées, vient de disparaître après une longue lutte contre la maladie. Elle avait tourné avec Mankiewicz, Minnelli, George Stevens… donné la réplique à Rock Hudson, James Dean, Montgomery Clift ou Richard Burton, l’homme de sa vie… Disparue des écrans depuis le milieu des années 80, érigée en icône gay, elle fut très active dans la lutte contre le Sida. A 79 ans, la Diva aux yeux violets, l’un des plus grands mythes du cinéma, disparaît. Un volcan s’éteint.

    Le 23/03/2011 à 00h00
    Marie Colmant

    Pour commencer, il faut arrêter de l’appeler Liz, parce qu’elle détestait ça. Elizabeth donc, née le 27 février 1932, à Londres, fille de Francis Taylor, marchand d’art, et de Sara Taylor, actrice. Comme Judy Garland dix ans plus tôt, Elizabeth est poussée par sa mère vers les studios Universal, mais c’est finalement la MGM qui la récupère. Elle a à peine 10 ans quand elle devient la star de Fidèle Lassie, dont le héros est un chien. Un an plus tard, elle est la petite fille qui aime si fort son cheval dans Grand National. L’Amérique se découvre une passion pour cette nouvelle enfant-star, cette Amérique qui a tant aimé les facéties du tandem Judy Garland/ Mickey Rooney et les merveilleuses anglaises de Shirley Temple. Et de fait, jusqu’en 1951, la splendide brunette au regard violet sera cantonnée dans un seul type de films, familiaux, gentillets, voire franchement gnangnans. Entre Les Quatre filles du Docteur March, et Le Père de la mariée, Elizabeth Taylor attend son heure en jouant les jeunes filles de bonne famille. 

     

    Sa carrière prend un virage décisif en 1951, avec Une Place au soleil, un film de George Stevens, qui le premier, décèle le tempérament de feu de l’actrice et de la jeune femme, en lui offrant le rôle d’une riche héritière capricieuse et mondaine. A ses côtés, Shelley Winters, et surtout surtout la beauté ombrageuse de Montgomery Clift. Le film de Stevens marque une rencontre capitale entre Elizabeth et Monty, une amitié sur le fil du rasoir de l’amour. Une photo glanée au hasard des archives de la belle en dit long sur le lien qui unit ces deux-là. Au cours d’une pause, sur le tournage de Soudain l’éte dernier, on y voit Elizabeth Taylor, lunettes noires à la Jackie, petit foulard soixante, pantalon cigarette, les jambes négligemment posées sur une chaise devant elle ; allongé à côté d’elle, la tête alanguie posée sur ses cuisses, Monty Clift. A propos d’Elizabeth, il confessera d’ailleurs que, si les hasards de l’orientation sexuelle l’avaient poussé vers les femmes plutôt que vers les hommes, elle aurait sans aucun doute été la femme de sa vie.



    Cinq ans plus tard, le même George Stevens, décidément très inspiré, lui proposera, pour Géant, un autre partenaire tout aussi ténébreux, d’une sensualité brute de décoffrage, mais tout aussi homosexuel que Monty Clift : Rock Hudson qui deviendra, lui aussi, un de ses proches amis.

      

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    On comprend mieux aujourd’hui d’où lui vient cette image d’icône gay. Icône peut-être, gay-friendly sûrement, et de la première heure, avant même que ce ne soit dans le coup. Géant offre aussi à l’actrice un rôle enfin à la mesure de son talent mais aussi de son physique de femme de plus en plus fatale, de plus en plus volcanique.

      

      

    Et en la voyant dans L’Arbre de vie, d’Edward Dmytrik, tourné un an plus tard, on ne peut s’empêcher de penser à Vivien Leigh en Scarlett O’Hara : même beauté délicate, même jeu en équilibre entre la force et la vulnérabilité, mêmes crinolines aussi, puisque le film a pour cadre le Sud des Etats-Unis après la Guerre de sécession.

    Elisabeth Taylor

      

    Côté ville et côté cœur, Elizabeth ne chôme pas. En 1957, à vingt-cinq ans seulement, elle en est déjà à son troisième mariage. Après Nicholas Hilton, Michael Wilding (dont elle a deux fils), elle épouse Mike Todd, dont elle aura une fille née la même année. Le bonheur avec Mike Todd sera de courte durée, il meurt dans un accident d’avion un an à peine après leur mariage.



    Les dix années qui vont suivre gravent dans le marbre le mythe Taylor. Qu’elle ne doit pas seulement à sa beauté. Définitivement chatte sur un toit brûlant, elle joue à l’instinct, en dégageant une charge érotique à la limite du supportable pour le code Hays, qui régit les bonnes mœurs du cinéma de l’époque. Elle a bon goût en matière de cinéma et choisit ses rôles avec soin. Pas seulement les rôles, d’ailleurs, les metteurs en scène aussi. Avec Joseph Mankiewicz, l’homme qui donna aux actrices américaines quelques-uns de leur plus beaux rôles (Bette Davis dans Eve, pour ne citer qu’elle), servis par des dialogues ciselés, elle trouve un réalisateur à la mesure de son talent.

      

    Pour lui, elle plongera dans les affres de Soudain l’été dernier, chef-d’œuvre tordu qui gravera à jamais cette image d’Elizabeth Taylor en robe très décolletée, s’arrachant les cheveux dans un long hurlement en découvrant le cadavre de son cousin, victime d’une lapidation. C’est, en effet, parce qu’il s’approchait trop des jeunes gens que le personnage souffre cette mort atroce. Le film est hanté aussi par la présence de Katharine Hepburn, campant avec succès une formidable sorcière, mère vampire et rabatteuse pour son gentil fils. Le film vaudra un Gloden Globe de meilleure actrice à Elizabeth Taylor.



    On comprend mieux pourquoi elle accepte le Cléopâtre que le même Mankiewicz lui propose quelques années plus tard, en 1963. Un rôle définitif qui lui collera à la peau toute sa vie. Pourtant, objectivement, le film est loin d’être le meilleur de Mankiewicz, ni d’Elizabeth Taylor. Mais ce Cléopâtre la porte aux nues. Elle trône désormais, forte de son cachet d’un million de dollars. C’est une première. Telle la reine d’Egypte, la reine d’Hollywood exige des centaines de costumes, le plus grand coiffeur du monde, le plus grand maquilleur. En 1963, rien ne sera refusé à Elizabeth Taylor, elle obtient tout.



    Mais, au-delà de ce décorum
    dont il ne reste que quelques images fugaces, principalement à base de doré, il transpire du film quelque chose d’autrement plus fascinant et qui n’a rien à voir avec la cinéphilie. Nos yeux de spectateur enregistrent la naissance d’une des plus belles histoires d’amour du cinéma. La rencontre entre une femme-tempête et un homme-ouragan. A l’époque, Elizabeth est mariée depuis quatre ans à l’acteur Eddie Fisher, mais l’attraction exercée par Richard Burton est du genre irrésistible. Il faut dire qu’il porte beau en jupette et en cothurnes, et qu’il arrive sur le tournage précédé de cette auréole de comédien shakespearien qui impressionne tant les acteurs américains. Richard Burton n’est pas très beau, mais il a un charme dingue, malgré sa réputation confirmée d’homme à femmes et surtout de grand buveur.


     

    Au fil du tournage, l’idylle devient passion, et c’est justement ce bouillonnement du sang échauffé par tant de passion entre les deux acteurs principaux qui rend le film passionnant. Et scandaleux aux yeux du Vatican, qui s’émeut publiquement de cet adultère étalé à la face du monde, mais aussi aux yeux des autorités américaines, qui multiplient les tentatives pour empêcher les scandaleux du Nil de revenir sur le territoire américain. Finalement, c’est la raison de l’argent qui l’emportera sur la morale. La Fox, productrice du film, après s’être agacée de cet amour inopportun, en voit tout le bénéfice possible. Neuf jours après son divorce prononcé, Elizabeth Taylor épouse Richard Burton, le 15 mars 1964, à Montréal. La même année, ils adoptent une petite orpheline allemande âgée de 3 ans, Maria Carson. Leur histoire d’amour survit à toutes les tourmentes pendant dix ans.

     

     

    Richard Burton doit s’adapter à la vie de sa superstar de femme, s’habituer à la présence des paparazzis qui les harcèlent sans cesse, frayer avec une jet-set qu’il ne connaît pas. Toutes choses qui sont le quotidien d’Elizabeth Taylor depuis près de vingt ans. Ensemble, ils tournent deux films mémorables, La Mégère apprivoisée et surtout Qui a peur de Virginia Woolf ? (qui vaudra un Oscar à Elizabeth, rien à Burton qui le méritait tout autant). Le film laissera des souvenirs embarrassés à une équipe de tournage qui voit les deux acteurs se déchirer dans des scènes de ménage cinématographiques trop proches de la réalité.

     

     

    En 1975, Burton et Taylor jettent l’éponge et se séparent. Trop d’alcool, trop de disputes. Un an plus tard, pourtant, ils font une deuxième tentative et se remarient. Pour l’occasion, il lui offre le plus gros diamant du monde. Elle est folle de joie. Pourtant, leur histoire est bel et bien finie en 1976. Richard Burton meurt en 1984 d’une hémorragie cérébrale alors qu’Elizabeth est divorcée d’un sénateur républicain, en attendant d’épouser son garde du corps en cinquièmes noces. A ce point de sa vie, Elizabeth Taylor se met en retrait du cinéma pour lutter contre toutes sortes de maladies qui lui empoisonnent la vie : alcoolisme, obésité, cancer de la peau, hémorragie cérébrale. Elle n’en reste pas moins étonnante dans cette façon d’annoncer son cancer à travers une photo d’elle prise sur son lit d’hôpital, où on la découvre quasiment chauve. Gonflé pour un sex-symbol. Dès le milieu des années 80, elle consacre beaucoup de son temps et de son énergie à la lutte contre le Sida. Sans épargner personne, et surtout pas Frank Sinatra (dont elle a acheté la maison de Bel-Air), qu’elle accuse publiquement d’avoir refusé de débourser le moindre centime. Une action qui donnera à son amie Line Renaud l’idée de faire de même en France.

    La véritable histoire d’amour de Liz et Richard

     

    Les dernières années de sa vie sont des années de souffrance. Pourtant, elle n’en reste pas moins une femme de bien. En septembre 2004, le magazine français Vogue lui consacre un reportage réalisé, pour la partie images, par le photographe Bruce Weber. Il appartient au clan des fidèles depuis cette photo historique, prise au temps de la gloire, où elle émergeait de sa piscine couverte de bijoux, avec un perroquet sur l’épaule. On y apprenait qu’elle ne pouvait presque plus bouger de son lit et que chaque mouvement de ce corps distordu par les maladies était une douleur.

      

      

    A la dernière page, une surprise sous forme de photo : Elizabeth Taylor âgée, en caftan lamé, la tête renversée en arrière buvant une bouteille non pas de champagne mais de Gatorade (sorte de limonade américaine). Pas une photo volée, non, une photo posée, approuvée forcément par la star, comme pour nous dire: « Tout ce que j’ai été, je le revendique, voilà comme je suis aujourd’hui. ».

     

    C’était ça, Elizabeth Taylor.

      

      

     

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